Septembre 1967 : Parmi les premiers à partir avec la DCC

Nous replongeant dans nos courriers pour n’en garder que l’essentiel et éliminer le reste nous avons revécu nos premières années d’Afrique.

Mariés le 4 Septembre 1967 nous nous sommes envolés le 10 pour Bujumbura, capitale du Burundi, avec au fond de nous cette pensée : « On ne s’étonne de rien ! »

Pourquoi partir ?
Née au Maroc dans une famille nombreuse où tout respirait la simplicité et l’accueil, je désirais très fort partir à la découverte d’autres cultures. François lui n’avait aucune envie de faire un service militaire avec des armes.
Fin de nos études respectives en juin 1967, nous nous renseignons donc sur la coopération catholique . Qu’est-ce ?
On nous propose ISPAHAN mais la Chabanou ne veut pas d’assistante sociale , alors c’est la GUADELOUPE mais des événements houleux dissuadent les sœurs de faire venir une femme car ce n’est pas sûr .
Quant enfin François m’annonce : « on a un poste au Burundi à Kibumbu » on décide le 14 Juillet de se marier le 4 Septembre pour pouvoir partir ensemble. Nous savons que la demande est d’avoir 2 personnes pour être enseignants dans une école sociale en brousse. Il faut quelqu’un qui saura être prof d’anglais et une assistante sociale. Je me régale d’avance de pouvoir transmettre mon savoir !

Nous préparons une petite malle d’affaires personnelles ( qui n‘arrivera jamais )
A la descente d’avion nous attendent un prêtre chargé d’accueillir les coopérants et la directrice de l’école : sœur Antoinette « En tout cas, vous êtes volontaires, donc vous n’aurez rien à réclamer »
On ne s’attendait pas à cet accueil, on ne s’étonne de rien !
75 Kms de piste en land rover pour monter vers Kibumbu. Trajet magnifique, petite suisse de l’Afrique, eucalyptus, vache « bicyclette ».

Kibumbu : grosse mission avec une immense église, un hôpital, une école élémentaire et l’école sociale ; collège et une année sociale pour former des filles afin qu’elles aillent dans les collines avec des notions d’hygiène, de soins aux enfants.C’est une communauté de sœurs flamandes qui gère cette école.

Notre vie de couple va pouvoir s’installer … François se retrouve avec des Maths et de la physique . Il se refuse à faire les sciences naturelles dont le corps humain à des filles et me passe allégrement cette séquence . Et moi ce sont le Français, l’Anglais, les Sciences Naturelles et l’Histoire Géo ( vous savez nos ancêtres les gaulois, et la colonisation ….) et la gym !

On ne s’étonne de rien on vit.

Nous nous retrouvons avec 40 élèves par classe et nous avions du mal à différencier qui était qui ! Nous étions dans une période de calme entre HUTU et TUTSIS mais il fallait faire très attention. L’ambiance était très électrique. Le matériel était minimum : nous écrivions au recto de feuilles déjà écrites et nous exigions une présentation parfaite !! Le samedi matin c’était toilette et travaux d’intérêt général pour tous. Je me souviendrais de ces élèves occupés à couper l’herbe de la cour avec des ciseaux !

On ne s’étonne de rien !

Conclusion :

Les conditions matérielles précaires (100 francs logés, nourris) nous ont permis de toucher du doigt l’essentiel de ce qui fait la vie. Pas d’eau et l’électricité quand le groupe de la mission fonctionnait. L’important c’était la relation à l’autre, la découverte authentique de l’africain comme de l’européen. Si bien que l’accueil était notre priorité : il nous est arrivé de voir un ami médecin débarqué vers 23h ayant fait 30kms de piste , s’assoir sans un mot ( il avait simplement besoin d’une présence simple, sans fioriture.. ) il est reparti à 3h du matin faire ses 30 Kms de piste pour rejoindre son hôpital après avoir regonflé ses batteries.

Comprendre la manière de vivre de ces jeunes et de cette population, participer à leur vie, à leurs fêtes nationales, aux célébrations dominicales, être à leur service, découvrir la région, leur manière de vivre, marcher avec une nuée d’enfants autour de nous, apprendre quelques mots de leur langues…

Richesse des découvertes avec l’esprit toujours en alerte, persuadés qu’il y a toujours à découvrir chez nos « frères ». Et finalement à la fin de notre contrat, nous sommes partis vivre 4 ans au Cameroun… avant de réintégrer la France.

Et Après :
Bruno notre ainé s’est marié et est parti au SENEGAL avec la Caritas
Fabien le second s’est marié et est parti dans la plaine de la Bekaa au LIBAN avec la DCC
Benoît est devenu chef-scout
Sabine est partie au BRESIL à GOIAS avec la DCC
Marie est partie à la découverte du PEROU puis a passé 6 mois avec son fiancé à s’occuper d’enfants de la rue au pied de l’Himalaya
Et Jean a terminé ses études en Italie

Le virus de la découverte et du service est passé et nous en sommes très heureux.

Thérèse et François Berger