J’étais en poste à la Procure de l’archevêché de Bangui pour informatiser la comptabilité et à la paroisse de la cathédrale pour la catéchèse et les animations socio-culturelles. Nous avons mis en place un soutien scolaire gratuit pour préparer des élèves de 3° au brevet et de terminales au bac après deux années blanches sans école. Cette expérience d’Eglise a été fondamentale pour moi : elle m’a ouvert les yeux sur la dimension surtout politique du sous développement de l’Afrique et sur les fragilités humaines au sein de l’Eglise. J’ai compris à Bangui pendant ce temps de volontariat qu’on engageait toujours plus que sa propre responsabilité. A travers moi, c’était les Blancs, les Européens, les français, les chrétiens, l’Eglise que l’on jugeait. Cela obligeait à une grande responsabilité. J’ai rencontré des gens formidables, chrétiens ou non, qui œuvraient modestement à rendre le monde meilleur. J’ai aussi vu de la violence, celle de la pauvreté et celle du gouvernement de l’époque contre des opposants, mais surtout des violences symboliques encore liées à la colonisation et à la Françafrique. Tout cela m’a rendu plus lucide sur la nature humaine mais plus confiant dans les grâces de conversion permanente que Dieu nous accorde. Parti jeune et plein d’idéal pour effectuer un service national utile, j’ai bien plus reçu que je n’ai servi. Parti avec des questions de vocation religieuse, je suis revenu avec des interrogations plus sociales et politiques. Cette expérience m’a construit intellectuellement , humainement, spirituellement, même si elle a parfois déstabilisé les représentations idéalisées que je me faisais de l’Eglise.