J’ai séjourné 18 mois à Bangassou comme professeur dans un petit séminaire. Ce fut une période déterminante d’un point de vue humain et vocationnel. Pour la première fois, je partais loin de chez moi pour vivre durablement dans une société et une communauté ecclésiale très différentes de celles qui m’avaient formé Ce séjour m’a permis de relativiser ce que j’avais reçu de mon éducation et d’apprécier les richesses d’une autre culture humaine et ecclésiale. Période également bénéfique pour ma vocation au ministère de prêtre. Le fait de prendre de la distance par rapport au terreau qui l’avait suscitée et d’exercer le métier d’enseignant m’a permis de la refonder plus solidement. De ces deux années passées en Centrafrique, je garde une attention particulière à tout ce qui relève de la solidarité internationale et de l’interculturalité.

Partir en volontariat a été une ouverture, une transition, sur des réalités humaines et culturelles totalement différentes de ce qui avait constitué jusque-là  mon environnement. Entendre des missionnaires parler de l’Afrique, c’est autre chose que de s’y trouver soudainement plongé, en quelques heures d’avion et pour deux années ! Cela remet en cause beaucoup de repères. Non pas que ce que j’avais appris et reçu jusque-là  se trouvait réduit à rien, mais plutôt mis en perspective, relativisé… et peut-être mieux à même de donner toute sa saveur. Ce n’est pas immédiatement que j’ai compris cela et recueilli tous les fruits de cette expérience, mais des semaines et des mois après mon retour. Et il m’apparaît clairement aujourd’hui qu’une telle expérience fait qu’on ne peut plus envisager l’existence comme si rien ne s’était passé.

Mes deux années de volontariat ont également marqué l’histoire de ma vocation. […] J’ai vécu un important déracinement ecclésial et une autre manière de vivre l’Église, la liturgie, la paroisse, la mission et le ministère de prêtre. Je voulais toujours être prêtre, mais je ne savais plus très bien pour qui ni pour quoi. Ces deux années avaient provoqué une rupture. Aujourd’hui je crois pouvoir dire que cette rupture m’a permis de faire le passage d’une vocation d’enfant à une réponse plus adulte à l’appel du Seigneur. »

Monseigneur Jean-Louis Papin, évêque de Nancy, vice-président et évêque accompagnateur de la DCC.