Bonjour à tous,

Si mon expérience est maintenant ancienne (près de 30 ans !), elle a marqué et marque encore toute ma vie. Et les liens tissés sont si forts que je garde des contacts avec les personnes qui m’ont tant donné, que ce soit en expérience de vie personnelle, sociale ou spirituelle. Car, il faut bien le dire, l’Évangile prend un tout autre poids lorsqu’il est prononcé par ceux qui le vivent vraiment dans leur chair. C’est sans doute tout le mystère de l’incarnation.

J’ai eu la chance de pouvoir vivre dans un bidonville, avec les personnes du bidonville et autant que possible comme eux, même s’il demeure toujours une réalité essentielle, qui est que pour moi c’était un choix, alors qu’eux n’avaient pas d’autres choix, et c’est une grande différence ! De plus, j’ai pu expérimenter la fin d’une dictature en pouvant percevoir ce qu’ont été pour eux ces tristes années ; mais j’ai également vécu le passage à la démocratie avec tout ce que cela a voulu dire de questionnement sur le pardon. Je n’oublie pas combien ce que j’entendais malgré toute la souffrance endurée, était un désir de paix et de réconciliation dans la mesure où étaient reconnues les fautes commises.

Spirituellement, j’ai vécu une expérience forte que je décrirais comme le Christ qui me prenait par la main pour me montrer ceux qu’Il aime par-dessus tout, et cette expérience presque mystique reste à jamais dans mon cœur. Humainement parlant, je garde cette phrase de la Senora Luisa me disant : « Marie-Noëlle, que Soeur Karolina reste avec nous, c’est normal, c’est une religieuse, elle a donné sa vie à Dieu. Mais que toi, une laïque, française, tu perdes ton temps avec nous, ça je ne peux pas le comprendre ! ».

Et alors que je me demandais ce que j’étais venue faire au milieu de tant de misère, cette simple phrase m’a ouvert les yeux et le cœur. J’ai réalisé qu’en étant là, par ma simple présence, je contribuais à leur permettre de retoucher à leur dignité. Je remercie la Senora Luisa qui m’a permis de comprendre que la dignité humaine, c’est comme les cornes de l’escargot. Elle peut disparaître à nos yeux lorsque l’environnement lui est nocif, mais dès que les valeurs de l’amour, telles que la fraternité, la solidarité, l’amitié, la proximité, se font jour, elle réapparaît pour permettre à l’être humain de retrouver sa véritable nature.

Oui, MERCI à tous ces gens qui sont devenus des amis et à la DCC, qui m’ont donné de vivre une telle expérience qui me permet aujourd’hui d’être heureuse de vivre, de croire, d’aimer l’Eglise et de continuer à cheminer en union au Christ si présent et si proche. Car depuis, à l’image de Saint Paul, tout cela m’a appris à dire : « Je sais vivre dans la pauvreté et je sais vivre dans l’abondance. Partout et en toutes circonstances j’ai appris à être rassasié et à avoir faim, à être dans l’abondance et à être dans le besoin. Je peux tout par celui qui me fortifie, [Christ] » (Philippiens 4,12-13)

Il y aurait bien d’autres choses à dire mais un livre n’y suffirait pas, aussi bien à vous et que beaucoup puissent vivre un tel cadeau !

Marie-Noëlle