En 2013, j’ai interrompu mes études d’ingénieur, pour pouvoir partir un an en volontariat avec la DCC, comme professeur de Mathématiques en collège et lycée. J’ai enseigné au sein du Collège Charles Lwanga, établissement lasallien situé dans la ville de Nouna, à l’ouest du Burkina Faso.

J’ai enseigné… Mais j’ai tellement plus appris ! Il n’y a pas assez de mot pour exprimer toute la richesse de cette mission. Une richesse qui n’a rien de matériel, une richesse qui se centre sur l’essentiel: la rencontre.

La rencontre des hommes intègres, ce peuple si chaleureusement accueillant, qui m’a adoptée dès mon premier pas posé sur le tarmac de l’aéroport de Ouagadougou, moi, la Toubabou, la Nasara, devenue petite sœur pour mes collègues et ami(e)s, grande sœur pour les enfants du quartier, à Koudougou. Ce peuple qui m’a appris à prendre le temps, à savoir apprécier les moments simples où nous sommes ensemble, juste en présence les uns des autres. Ce peuple qui m’a montré la profonde générosité de ceux qui possèdent si peu, mais qui savent tellement donner, donner d’eux-mêmes, donner de leur temps, et qui finalement possèdent le plus important : la joie sincère d’être là et d’être ensemble !

La rencontre avec mes élèves
Le partage de leur quotidien, de leurs efforts, de leurs rires, de leurs difficultés, de leur courage, immense ! Chacun de leur visage est gravé dans mon cœur, et je garde précieusement chaque souvenir que j’ai du temps passé avec eux… J’entends encore dans mon dos les disputes à mi-voix de Ben et Ibra, assis côte à côte dans la classe des 5eB, et incapables de se supporter en silence (il était si dur de ne pas exploser de rire à les écouter !), je revois encore Françoise courir dans la cour du collège à la récré, paniquée : Madame Madame! Est-ce qu’il y aura les angles orientés au devoir ce soir, je me souviens avec délice (et douce consternation, aussi, un peu) de ce mot d’Aline intercepté un vendredi après-midi dans la pénombre et la chaleur de la salle de classe (les 4e et leurs incessantes disputes!). Je ris encore de ce jour où j’ai exclu Richard pour bavardage et que le surveillant est alors venu chercher toute la rangée du fond (raison de l’exclusion: ils mangent des cacahuètes en classe ! C’était de la pure délation !). Je me rappelle avec tendresse et honte mélangées de ce jour où le devoir des 2nde littéraires était une hécatombe parce que j’avais fait un QCM à points négatifs, dont certains me parlent encore !

Les élèves… Mes élèves bien-aimés. Ils m’ont tant appris… La patience. L’humilité : je ne les ai pas fait devenir de grands mathématiciens, malgré toute mon ardeur au travail (ne faut-il pas être motivée, pour tenter de corriger 50 copies doubles un soir de coupure de courant, dans une chaleur atteignant les 30° – sans lumière et sans ventilateur ?) ! Le courage : chacun d’entre eux était animé d’une grande force, même s’ils habitaient loin de leurs parents, même s’ils ne mangeaient pas tous les jours à leur faim, ils étaient là, ils se battaient, ils voulaient de tout leur cœur participer à la vie, être des acteurs de ce monde ! Et ils m’ont aussi appris une chose à laquelle je ne m’attendais pas lorsque j’ai accepté cette mission : l’Amour inconditionnel. Je les ai tant aimés. Je les aime tant. Et ils le savent… Je relis avec une joie immense ce message qu’un élève de 2nde m’a écrit, après mon départ : « Madame, vous allez vraiment me manquer. Je ne suis pas sûr si nous aurions un prof de Maths qui pourra nous aimer autant. Bonne route à vous ». Quel cadeau merveilleux j’ai reçu !

La rencontre avec Jésus
Et une dernière rencontre, celle que j’étais partie chercher : la rencontre de Jésus. Cette rencontre qui m’a transformée, et qui continue de me transformer, jour après jour, dans ce désir grandissant que j’ai de Le suivre. Cette rencontre du Christ, vécue à travers toutes les rencontres avec cet Autre, mon voisin, mon prochain, qui connait une facette du Christ que je ne connais pas et qui, par sa vie, par son témoignage, par sa vitalité, par son humanité, me donne à contempler la présence et la puissance du véritable Amour. Et me voilà ivre de joie!

J’ai eu la chance de retourner au Burkina, en vacances, et de retrouver amis et élèves.
J’y retournerai encore, Inch’Allah !