J’ai séjourné à Ebolowa (Sud-Cameroun), en pays boulou entre septembre 1971 et mai 1973, notamment dans le cadre de mon service national comme volontaire bénévole (logé, nourri, blanchi + argent de poche…). Durant cette vingtaine de mois, j’ai vécu dans une communauté missionnaire composée de six prêtres spiritains et d’un frère spiritain. À l’époque, j’étais séminariste spiritain. Je suis parti au Cameroun dans le cadre de mon cursus religieux. La Délégation catholique pour la coopération avait reçu une demande d’un enseignant au collège-lycée Bonneau. L’établissement était voisin de la « réduction » catholique en pays protestant. Le complexe missionnaire catholique comprenait – outre la mission catholique et l’école privée (premier cycle) mitoyenne du presbytère et de l’église Sainte-Anne (aujourd’hui cathédrale) – la communauté des religieuses, le dispensaire et l’internat des collégiennes et des lycéennes, le collège Bonneau, l’internat des garçons et la communauté des Frères du Sacré-Cœur (une congrégation canadienne), voire le petit séminaire diocésain.

Durant ces deux années, j’ai essayé de vivre pleinement ma démarche spirituelle et l’idéal spiritain, se faire pauvre avec les pauvres. Mon travail d’enseignant m’a appris à rester à l’écoute de chacun de mes élèves. Mais chaque classe comprenait entre 40 et 50 élèves – garçons et filles – et j’étais chargé d’environ quatre classes différentes pour l’histoire (africaine) et la géographie/géologie, voire le français dans la classe dont j’étais responsable. Ce fut une gageure de bien connaître tout le monde et surtout j’ai touché de près la difficulté de réaliser un travail de fond efficace… Mais je dois avouer que, sur le plan humain, j’ai probablement plus appris de mes élèves que je n’ai pu leur apporter, même si leurs témoignages, lors de mon départ, furent… dithyrambiques.

Par ailleurs j’ai pu fréquenter les lépreux du lieu qui étaient encadrés par la mission et qui vivaient dans un village complètement à part. J’y ai accompagné l’un ou l’autre missionnaire à plusieurs reprises. Lors de mes congés j’ai rejoint des missionnaires au fin fond de la forêt sud-camerounaise, soit aux confins de la Guinée équatoriale (où vivait un prêtre missionnaire isolé), soit en direction du « Zaïre » où j’ai accompagné un missionnaire chargé des villages pygmées. Ce furent à chaque fois des temps forts de complète immersion dans des sociétés humaines différentes, mais riches de leurs personnalités et de leurs cultures. Pendant d’autres congés, j’ai secondé, avec un ami coopérant, un missionnaire alsacien pour la construction d’une école.

Toutes ces rencontres m’ont enrichi, m’ont rendu plus humain. Les vingt mois de coopération resteront une expérience inoubliable. 44 années après mon retour et maintenant âgé de 69 ans (je suis né en 1948), je peux affirmer avoir été marqué d’une manière indélébile par ce séjour. J’ignore ce que j’ai pu apporter à l’Afrique et aux Africains. Ce n’est pas à moi d’en juger. Mais je sais ce je dois à l’Afrique. C’est notamment pour cette raison que je me suis mis au service d’associations humanistes et humanitaires. Il y aurait tant à dire sur cette période, notamment sur l’expérience spirituelle et religieuse. Mais je pense que cela fait partie de ma quête personnelle sur le chemin vers « l’inaccessible étoile », telle que la chantait Jacques Brel.