Juillet-Août 2006 : Israël et le Hezbollah libanais se livrent à une guerre qui fera plus de 1000 morts, de très nombreux déplacés intérieurs, dévastera les villages du sud, tout un quartier de Beyrouth et une grande partie des ponts du pays.

Débarquer dans le pays juste un mois après la fin de ce conflit, pour une mission de formation d’animatrices à l’enseignement de l’anglais dans deux camps de réfugiés palestiniens de Beyrouth, j’avais la boule au ventre. Quelle place pour une volontaire DCC dans un contexte si « à vif »? Quelle utilité d’enseigner l’anglais quand l’urgence semble tout autre ?
Jour après jour, se rendre alternativement dans les camps de Shatila et de Borj el Barajneh. Sentir d’abord le regard interrogatif, parfois même des remarques désabusées : « Nous, Palestiniens, avons été oubliés depuis si longtemps de la communauté internationale, alors que viens-tu faire ici ? ».

Et puis, au fil des jours, des semaines, des mois, sentir la méfiance tomber de leur côté comme du mien. Échanger avec les formatrices sur leur vie quotidienne, écouter les mamans des élèves parler de leur vie de famille, reconnaitre des visages dans la rue, recevoir un sourire, être invitée à déjeuner et même à dormir. Comprendre que bien au delà d’un conflit géopolitique que nous n’écoutons plus dans les médias, la vie dans les camps c’est une vie de familles, de parents qui aiment leurs enfants, d’enfants qui aiment jouer dans la rue, d’adolescents qui rêvent à un avenir meilleur, de jeunes qui souhaitent se marier, de vieillards qui se souviennent de la paix et de tout un peuple qui aspire à la dignité.

Je ne sais pas quelle trace il reste de l’enseignement de l’anglais que j’ai pu délivrer aux animatrices; probablement pas grand chose. Mais ce qui restera ce sont tous ces moments de fraternité vécus ensemble, un regard bien plus bienveillant de ma part vis à vis des populations du Proche Orient, le sentiment de la part de ces familles de n’être finalement pas complètement oubliées de tous, et un témoignage commun que la rencontre avec les autres, avec la différence, ne peut être que source d’enrichissement et de paix.